L’Institut du patrimoine culturel, dirigé par notre membre Laurier Turgeon, accueillera Frank Lestringant, professeur émérite de littérature de la Renaissance à la Faculté des lettres de Sorbonne Université, pour une conférence intitulée « Cinq ou six îles : l’archipel du Saint-Laurent d’après le Grand Insulaire d’André Thevet (1586) » ce mercredi 27 mai, de 10h30 à 12h, à l’Université Laval (pavillon Charles-De Koninck, salle DKN-5168). Entrée libre. Bienvenue à toutes et à tous!
Résumé de la présentation
« D’après une lettre adressée en 1585 à Abraham Ortelius, le Grand Insulaire et Pilotage d’André Thevet aurait dû compter parmi les monuments cartographiques les plus considérables du XVIe siècle, comprenant des centaines de cartes d’îles du monde entier. Le manuscrit qui nous est parvenu, conservé à la Bibliothèque nationale de France, comporte 263 têtes de chapitre. L’ensemble mis en vente en septembre 2025 par la maison Millon offre à lui seul presque le double du nombre de cartes connues jusqu’ici, série d’épreuves brochées en un fort cahier de 229 planches. Le premier tome du Grand Insulaire, relatif à l’océan, bénéficie de l’apport le plus considérable. Les îles de la Manche, Jersey, Guernesey, ainsi que celles d’Écosse, de Zélande ou de Hollande, viennent combler les trous du dispositif en archipel. L’Insulinde n’est pas en reste, avec les îles Philippines, Ternate, Gilolo ou Moluque, Java, Sumatra, le Japon et Mexico-Tenochtitlan. Le second tome parcourt les archipels de la Méditerranée, de Gibraltar à Chypre en passant par l’Adriatique et la mer Égée, sans oublier Beyrouth à l’est et Méroé au sud. Égrenons, dans le tome I, les îles du Canada, au nombre d’une demi-douzaine : l’île de Terre-Neuve ou plutôt des Terres-Neuves au pluriel, flanquée de l’“Isle de Thevet”, l’île de Roberval, “Belle Isle déshabitée”, la grande île de Saint Julien, l’île de l’Assomption et enfin la mystérieuse Isle des Démons à proximité de Terre-Neuve. Que conclure? Que le Canada, à la fin du XVIe siècle, est encore un archipel. Non pas cet ensemble massif, qui forme bloc et que nous connaissons aujourd’hui, non pas un pays qui se présente d’un seul tenant et représente à lui seul plus de la moitié du continent nord-américain, mais un ensemble de places isolées les unes des autres. La Nouvelle-France, en son enfance, n’est ni antarctique ni équinoxiale, mais décidément boréale, autrement dit canadienne. »
Notice biographique du conférencier
Frank Lestringant est professeur émérite à la Sorbonne. Ses principaux travaux portent sur la littérature de voyages à la Renaissance, notamment vers le Nouveau Monde, du Brésil au Canada. Il s’est intéressé à la cosmographie et à son arrière-plan théologique. Il a notamment publié : L’Atelier du cosmographe (1991), Le Huguenot et le sauvage (2004), Une sainte horreur ou le voyage en Eucharistie (2012), Le Cannibale, grandeur et décadence (2016) et des biographies de Musset (1999) et d’André Gide (2011-2012). Ses derniers livres parus sont : Le Théâtre de la Floride (2017); Voyageurs de la Renaissance (en coll., 2019); Bribes d’îles. La littérature en archipel, de Benedetto Bordone à Nicolas Bouvier (2020); La Quinzaine Du Bartas (2021); Jean de Léry, le premier ethnologue (2023) et Rabelais cartes sur table (2024).

