L’Institut du patrimoine culturel de l’Université Laval (IPAC), le Centre de recherche Cultures – Arts – Sociétés (CELAT) et le Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional, de l’Est du Québec (GRIDEQ) vous invitent ce trimestre à une série de conférences en ligne sur le thème « Réparer le patrimoine pour mieux habiter le monde », organisée et animée par notre membre Daniela Moisa (UQAR), dans le cadre du cours DST 57225 – MS Habiter au XXIe siècle : enjeux sociaux, territoriaux et environnementaux. Les conférences sont gratuites et ouvertes à tous et à toutes, mais l’inscription est requise.
PROGRAMMATION
22 janvier 2026, 11 h 30 à 12 h 30 (UTC-5)
Carmen Chasovschi, études touristiques, Université Ștefan cel Mare de Suceava, Roumanie : « Reconstruction du patrimoine : de la restauration matérielle à la guérison communautaire »
Renseignements et inscription >
26 février 2026, 11 h 30 à 12 h 30 (UTC-5)
Marie-Josée Deschênes, architecte : « Pourquoi restaurer le patrimoine bâti québécois? »
Détails à venir
Inscription à la réunion Zoom : https://ulaval.zoom.us/meeting/register/klh2EU7bRjS-RuEHx9y9Tg
12 mars 2026, 11 h 30 à 12 h 30 (UTC-4)
Cyrine Bouajila, anthropologue, responsable des partenariats de recherches à Espace Ville autrement, Montréal : « Suivre le fil réparateur : repenser le patrimoine bâti comme démarche réparatrice dans la migration »
Détails à venir
Inscription à la réunion Zoom : https://ulaval.zoom.us/meeting/register/wO7lRnFRREWHMRbwPzoUcw
9 avril 2026, 11 h 30 à 12 h 30 (UTC-4)
Allison Bain et Karine Taché, archéologues, Université Laval, CELAT : « Témoins archéologiques de réparations : pratiques du passé paléohistorique et de la période coloniale »
Détails à venir
Inscription à la réunion Zoom : https://ulaval.zoom.us/meeting/register/OHUEsULHQIy4swV0Umaf-A
ARGUMENTAIRE
« Dans les études contemporaines sur le patrimoine, la “réparation” ne se limite pas à un acte technique de restauration d’artefacts matériels, mais s’entend comme un processus socioculturel et émotionnel par lequel les communautés retissent des relations perturbées avec le lieu, l’identité et la mémoire. Comme le soutient Harrison (2013), “l’héritage n’est pas une chose, mais un ensemble de relations”, et lorsque ces relations sont endommagées – par l’abandon, les pressions de modernisation, les crises climatiques ou la perte des savoirs traditionnels – la réparation implique à la fois des dimensions matérielles, sociales et environnementales. Dans de nombreuses sociétés contemporaines, les constructions vernaculaires et les milieux habités subissent une érosion accélérée, produisant ce que Waterton et Smith (2009) décrivent comme une “dissonance patrimoniale” – une fracture entre les expériences vécues des communautés et les cadres institutionnels censés les protéger. Dans ce contexte de brisures, de dispersion et de perte, les savoir-faire artisanaux ou anciens liés à la réparation, à l’(auto)reconstruction, à la rénovation et à la récupération, longtemps marginalisés ou oubliés, refont surface dans les débats scientifiques et publics comme des démarches de reconnexion et de guérison.
Réparer est ainsi envisagé comme un geste qui recompose le corps social, l’environnement physique et les histoires partagées (Ingold 2018; Appadurai 1986) : un “tournant sensoriel” où toucher et écouter les matériaux et les textures révèle la dimension processuelle et dynamique des milieux bâtis, dont la fondation repose sur les métiers, les pratiques, les savoir-faire et les récits de métiers des artisans. Réparer devient également une démarche de création qui révèle la porosité des frontières entre humains / non-humains / matière (Gell 1998). Activité féminine, la réparation des objets peut devenir espace de création, de résistance et de contestation du statu quo (Abu-Lughod 2021), de même qu’un point de départ pour repenser une éthique du soin et de l’espoir (Jackson 2014).
Cette série de conférences servira à explorer la réparation comme cadre pour penser le patrimoine bâti et les milieux de vie habités, au-delà de leurs expressions physiques. La réparation n’y sera plus envisagée seulement comme intervention matérielle, mais comme processus, engagement, geste créatif, dynamique relationnelle et de guérison. On y questionnera la réparation du patrimoine bâti, l’autoconstruction, les savoir-faire, la transmission, les techniques, la dimension corporelle et performative des gestes, ainsi que leur portée sociale et environnementale. »

